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Publié par AVP

La mise en scène audacieuse d'une oeuvre classique dramatique
La mise en scène audacieuse d'une oeuvre classique dramatiqueLa mise en scène audacieuse d'une oeuvre classique dramatique

La mise en scène audacieuse d'une oeuvre classique dramatique

Le répertoire éclectique de la compagnie théâtrale des Compagnons d'Eleusis réussit à nous surprendre régulièrement. Depuis 1971 sous la houlette de Georges ZARAGOZA, professeur de littérature comparée et metteur en scène, la troupe propose alternativement des pièces classiques ou modernes, que ce soit des comédies ou des drames. C'est ainsi que Molière, Marivaux, Oscar Wilde, Edward Albee, Beckett ont été produits sur les scènes vosgiennes et bourguignonnes par la troupe spinalienne. La dernière œuvre collective jouée cette année étant la pièce de Racine, Bérénice, modernisée à dessein afin de la rendre plus accessible à l'entendement des collégiens et lycéens. Un succès auprès des scolaires confirmé par les séances grand public du mardi et mercredi au théâtre municipal.

Berenice et Antiochus un amour non partagé...Mais seulement sur les planches!

Berenice et Antiochus un amour non partagé...Mais seulement sur les planches!

200 jeunes en séance du lundi

Parfaite illustration du théâtre classique - avec le respect de l'unité de temps, de lieu et d'action - on assiste à la séparation contrainte entre Titus qui succède à la tête de l'empire romain à son père Vespasien et de Bérénice princesse de Judée, sa maitresse. Hormis le fait que la version 2016 fait de Vespasien le P.D.G. d'une société de vente d'armes et que son fils joué par François CELERIER doit lui succéder, la trame de la renonciation de l'amour pour le devoir est la même. Mettre en avant les 3 voix de Bérénice (Claudine LAUNAY-JAMIN), Titus et Antiochus (Philippe LAUNAY), en épurant les seconds rôles pour donner place aux chœurs, le tout dans un décor contrasté et minimaliste était audacieux. Risqué même. La volonté de rester à l'essentiel dans le drame de la séparation et du renoncement entre les 3 héros, et de l'attente de l'annonce à Bérénice, est une intrigue insolite et incompréhensible pour les jeunes de notre temps. Ces derniers s'affranchissent le plus souvent des sentiments et des formes par un sms laconique et primaire. Etrangers aux efforts de mise en scène, le jeu des chaises et des figurants a étonné plus d'un lycéen: "Mais qu'est ce qu'elles lui ont fait pour qu'il les retourne dans tous les sens les chaises? Et pourquoi ils se collent en troupeaux maintenant? Et comment qu'il a bisé la fille le Titus!". "Il n'y avait pas d'interaction, alors que c'est ce que j'aime dans le théatre!" précise un lycéen qui avait précédemment apprécié Dom Juan de Molière à la rotonde de Thaon... Bon courage aux enseignants qui vont devoir dépouiller et commenter ce type de ressentis en cours de français et recadrer avec le contexte de l'époque .

Et un petit coup de projecteur en coulisses!
Et un petit coup de projecteur en coulisses!
Et un petit coup de projecteur en coulisses!

Et un petit coup de projecteur en coulisses!

2 soirées pour les amoureux des alexandrins

Plus sérieusement on se doit de relever la qualité du jeu des acteurs, de leur engagement et de l'immense travail fournit par ces amateurs dignes d'êtres des professionnels. Un an et demi de préparation, d'évaluation des rôles, de leur épaisseur, de leur rendu sur scène, le tout sous l'éclairage du metteur en scène confirmé qu'est Georges ZARAGOZA, connu et reconnu pour sa forte exigence artistique et sa pédagogie formatrice. Mais c'est aussi la combinaison des lumières ( sous le contrôle de Maud RUEZ), des sons et des musiques avec le texte qu'il fallait pouvoir appréhender. Chaque instrument d'accompagnement représentait un rôle, une prise de parole d'un des héros. Cette adaptation a nécessité un enregistrement en studio des musiciens, à la fois en groupe et en solo sur un air de Mozart ( adagio trio K563), le tout agrémenté de bruits de fonds circonstanciés, de collectivité, de réunion et de rue. Une mise en résonnance qui n' a pas échappé aux puristes. Le tout mis en image dans les décors réalisés par toute la bande et qui doivent beaucoup au savoir faire de Philippe LAUNAY. Les acteurs de Bérénice gèrent tous en parallèle une vie professionnelle ou familiale intense, ce qui rend d'autant plus grand leur mérite. Il est évident que l'amour du texte et des beaux mots les guide et les anime et qu'ils soient remerciés de nous en faire profiter.

Francois Célérié en Titus désespéré. Que d'émotions refoulées pour raison d'état

Francois Célérié en Titus désespéré. Que d'émotions refoulées pour raison d'état

Une question historique récurrente

L' expertise des Compagnons nous fait aisément oublier l'habileté manipulatrice de Racine et la rivalité qui le guidait par rapport à son ainé Corneille. Véritable pied de nez à son prédécesseur, qui venait de monter sa pièce "Titus et Bérénice" avec la compagnie de la famille Molière , Racine a fait d'un seul évènement une histoire émouvante, et sa pièce a largement supplanté celle de son ainé auprès du public de l'époque. Les héros alternent leurs monologues, se succédant et se croisant, pour au final nous amener à la conclusion intrigante de l'explosion apocalyptique des passions du trio. Surprise! Après un cheminement émotionnel intense, ils vont accepter la séparation sans se réfugier dans la mort, et l'on échappe ainsi à la tragédie qui semblait inévitable. De quoi rappeler le choix de Louis XIV qui avait renoncé à Marie Mancini pour raison d'état. Coup de coude à François qui pourrait y penser avec sa Julie...

Et qui c'est qui va faire plaisir à Bérénice?

Et qui c'est qui va faire plaisir à Bérénice?

Une œuvre encore actuelle?

En notre XXIème siècle, le grand public pouvait souhaiter des déclarations plus modernes, bondissantes, enflammées et exubérantes, tout particulièrement lors de la dernière scène. Mais le texte porte son âge et ne permet pas des registres de voix plus variés qui paraitraient déplacés sinon irrespectueux. La mise en scène s'est attachée à transposer l'intemporalité du devoir politique face au poids des mots et des passions réciproques ou équivoques, sans en rajouter, sauf par le jeu d'ombres des assistants en arrière plan. Cette circonspection est une manière de provoquer les échanges entre adultes mais aussi avec leurs enfants, sur les obligations, les émotions et les priorités que l'on se donne. Une grande pièce qui doit se jouer le 21 mars prés de Dijon mais qui n'est pour le moment plus programmée dans les Vosges.

A.V.P.

La Compagnie d'Eleusis au final

La Compagnie d'Eleusis au final

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