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Publié par AVP

Les revendications politiques ne sont pas de mise

Les revendications politiques ne sont pas de mise

Intellectuels et contestataires, debout de jour comme de nuit

Intellectuels et contestataires, debout de jour comme de nuit

"Nous avons le devoir de nous lever car nous souhaitons un nouveau monde, de justice, de culture et d'humanité"

Dans le prolongement des mouvements nationaux, la "Nuit debout" a débarqué place des Vosges à Epinal, jeudi soir, et s'est étirée en longueur samedi et dimanche dernier.

Tapis, stands, bibliothèque, table-resto fabriquée à la va-vite, point d'échange et de coordination, le bigarré et joyeux foutoir forain du premier jour s'est structuré matériellement en passant, pour cause de pluie et froid, sous des barnums et les arches de la place. Installation contrastée puisque si dans les grandes agglomérations la contestation est surtout politique et parfois vandalisante, à part un tag d'abri-bus sur les panama papers, les "Deboutistes" vosgiens sont restés sages. Sur le plan conceptuel, on a affaire à une version soft des "Podemos" puisqu'on a vite débordé du champ social pour se concentrer sur les questions sociétales, le spécisme ( domination de l'espèce humaine sur les autres espèces ) et la démocratie directe. Sur une centaine de personnes, beaucoup de jeunes le premier soir, quelques bo-bo isolés, discrètement disparus, des co-co et des nanar égarés mais qui ont vite déserté des lieux, devenus bien trop ouverts, intellectuels, culturels et pacifiques. Le terrain est resté aux plus convaincus de la contestation sociétale, souvent les plus jeunes, dans des soirées qui ont "tiré" jusque vers 4 heures du matin.

Pierre Rabhi fait sa part

Pierre Rabhi fait sa part

Un épiphénomène ou un non-évènement défouloir?

En dessous des quelques caricatures-panneaux de Valls et El-Khomri vestiges des manifestations anti Loi Travail, on hume un agréable fumet de nostalgiques soixante-huitards avec des pages de poésie qui vont de Bourdieu à Rhabbi en passant par Desproges et Badiou telles que: "l'avenir n'est pas ce qui va advenir mais ce que nous allons en faire", "Barrage à tous les burn-out", "Nous mêmes, aux yeux de tous, aujourd'hui nous ferrons des miracles", "La paresse ça se travaille","On ne doit pas gagner notre vie, on l'a déjà" version de "Perdre sa vie à la gagner", etc... Les Commissions langue de bois, projet de société, anti-pub, convergence des luttes, font le plein avec 8 participants de moyenne alors que la commission environnement dépasse la vingtaine. "On peut nous taxer d'insouciance, mais pas d'inconscience" nous déclare le premier jour sur le ton de la confidence une étudiante de l'ESAL. " C'est surtout nous, les dernières années, qui bougeons. On a fait venir des amis de notre âge, des amis artistes de la génération précédente, des penseurs et des représentants politiques ou syndicaux qui ont de l'expérience. En gros la société civile activiste. L'objectif étant d'ouvrir les portes et les possibles. Il y a très peu de personnes qui viennent du privé et de l'entreprise. Ils sont formatés par le boulot. On en verra certainement plus le week-end même si les syndicats et les partis font ce qu'il faut pour nous contenir sinon nous marginaliser"

Pour Claire " c'est un autre modèle de société qu'il faut trouver"

Comment de pas sympathiser avec les activistes environnementalistes qui vous proposent des bombes de terre truffées de graines de fleurs , d'échanger graines et plants, vous proposent de vous aider à fabriquer des meubles en carton, ou de participer à une mise en scène théâtrale et militante.

Plutôt que de parvenir à une repolitisation expresse de la société, ce qui était souhaité par les plus militants, la place publique est devenue un lieu d'échanges et de démocratie directe qui ne contredit pas la manifeste absence de perspective du mouvement. Plutôt que de révolution et de blocus on est constructif et on parle de transition, décroissance, d'étape vers une démocratie participative. Pour Hélène "Les gens viennent nous scruter. Ils nous demandent si on est tous chômeurs. On leur dit de venir discuter. Il faut laisser le temps aux gens pour qu'ils s'approprient la démarche. La convergence prendra du temps. En plus il y a un ostracisme du coté des syndicats et des politiques. La peur d'être débordés. Et tant pis, car ils ne représentent plus qu'eux. En même temps c'est normal on ne peut passer son temps à les critiquer en tant que tenants du pouvoir et réussir à les faire venir dans nos cercles de discussions. Il va falloir gérer dans le temps cette défiance. "

Deboutistes et terrasses, une cohabitation pas évidente

Deboutistes et terrasses, une cohabitation pas évidente

Question cohabitation avec les habitués des lieux, ce n'est pas évident avec les terrasses des bars. "Pas question de nuire du bout, je suis un homme marié" nous déclare un amateur de troquet jovial. Pour une jeune femme attablée pour profiter des rares rayons de soleil du dimanche, voir décharger une benne de terre sous son nez est plus que distrayant. "C'est une forme d'animation cette désorganisation et cet amateurisme. Ils n'ont vraiment pas les bons outils. Je les plains, ils peinent les pauvres". Plus sérieusement, la volonté de ne pas organiser plus que la représentation du moment et conserver un aspect spontané et fluide en toute chose, nuit à l'efficacité et la pérennité de la manifestation. Espérons que cette débauche d'énergie ne se conclue pas en eau de boudin.

A.V.P.

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