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Publié par AVP

Nazanin Pouyandeh pour la première fois en solo à Epinal

Nazanin Pouyandeh pour la première fois en solo à Epinal

D'un regard distrait on a l'impression d'avoir affaire à un peintre figuratif ultra réaliste. Puis quelque chose dérange. Une dysharmonie sous-jacente. Une absence d'ombres. De la tension manifeste. Des poses complexes qui invitent à se questionner. Que font ces personnages? Qui sont ils? Pourquoi une main masculine sur un corps de femme, un visage de femme sur un corps masculin. Ce derrière timidement exhibé sans raison, ces mises en scènes asiatiques, sans mise en perspective. Ces hommes et ces femmes nus comme s'ils étaient seuls dans le jardin d'Eden originel. Cette force du vert profond de la végétation. Ce monde végétal qui est très présent au graphisme précisément respecté sur certaines œuvres avec une exubérance tropicale, distante et brumeuse ailleurs. Ces petits animaux dissimulés dans la peinture, ces marionnettes agitées par des antagonistes violents, sans enjeux manifestes. Pour Marie-Jeanne, la cinquantaine, qui s'interroge devant les toiles de grand format "C'est intrigant. Il y a une symbolique, un sens familier mais on ne parvient pas à le retrouver dans l'image. Pourquoi ces animaux, ces marionnettes, ces liens. Pas d'indications écrites. C'est une peinture qui cherche à tourmenter". Un ressenti différent pour Camille qui est venue avec deux amies: "Nazanin réussit son coup. on est obligé de s'interroger. Et il y a des constante dans sa peinture. Le végétal, l'humain, l'animal, le feu, l'eau, les abîmes ou les profondeurs. Il y a une patte et des symboliques occultes".

Convaincre le visiteur intrigué fait partie du métier de peintre

Convaincre le visiteur intrigué fait partie du métier de peintre

Anêsidora: "celle qui fait sortir les présents des profondeur"

Après les œuvres affichées, un titre d'exposition des plus intrigants en grec ancien. Pour évoquer la "déesse de la terre qui préside à la fécondité". On découvre ensuite l'artiste. D'abord dans ses tableaux, sous des traits que l'on veut croire orientaux, perses. Des personnages, surtout des femmes, isolées dans le lointain, comme exilées, qui observent, pleurent et semblent vouloir donner du sens à ce qui est peint au premier plan, manifestement en pure perte. Puis physiquement. 35 ans, une grande brune expressive, engagée, tonique et exotique avec son charmant accent. Pour l'interroger il faut chasser la dessinatrice Ayako David Awauchi qui appartient à la bande d'artistes parisiens qui sont venus soutenir Nazanin Pouyandeh. Puis se montrer patient sans perdre le fil de ses questions, interrompus que l'on est par tous ces visiteurs qui veulent rencontrer l'artiste, approcher l'animal rare avec précaution, la féliciter, se retirer avec la satisfaction du devoir accompli." Je ne suis là que pour l'accrochage et le vernissage" s'excuse t elle "Je comprends qu'ils veuillent échanger avec moi". On reprends, mais pas longtemps. Jacques-Alexandre tient à se faire expliquer les antagonismes, les paradoxes de certaines mises en scène " Mais j'adore vos feux. On a bon chaud rien qu'en les regardant" . Sa voisine semble avoir décrypté le sens caché des figures: "C'est un parcours éprouvant qu'elle a du connaitre. Orpheline de père, un iranien francophile opposant tué par les services secrets, après avoir connu la guerre dans son pays, elle quitte Téhéran à 18 ans. Isolée et boursière à Paris aux Beaux-Arts elle a du en baver. Elle a du se jeter sur la peinture figurative comme d'autres font une psychanalyse. Et tout est bousculé dans son travail. Comme mixé par ce choc d'histoires et de cultures si émouvantes et différentes".

Pour Marie Jeanne le recul est indispensable pour tenter de trouver du sens

Pour Marie Jeanne le recul est indispensable pour tenter de trouver du sens

"Tout est projection"

Interrogée sur les ressentis des visiteurs Nazanin reprends la conversation sans impatience: "Tout est projection. Notre cerveau invente des symboles en permanence. En peignant des situations improbables sous une forme figurative je remets en cause tous les systèmes de valeur. Je touche tous les publics et les oblige à mesurer les forces qui s'opposent. L'homme dans sa quête existentielle, la gestion de ses besoins primaires, son altérité, sa part féminine et maternelle, sa rudesse virile, son rapport avec la nature. Le visiteur se sent démuni sans ses codes traditionnels, sans volonté, mais concerné". Et pourquoi ces animaux, posés comme élément de décor mais incongrus? "C'est en rappel des médiums de communication communautaires traditionnels. Pour évacuer les pulsions primitives, les marionnettes et les animaux des arts populaires étaient utilisés lors des contes des veillées. C'est en rappel de ce rôle social oublié que je les pose stratégiquement dans mes tableaux. Comme chez Jérôme Bosch, et son jardin des délices, c'est incompréhensible et énigmatique car il n'y a pas de frontière entre monstres et humains, fantastique et réel". D'où la logique d'une telle exposition dans le cadre du parcours des Imaginales. Une nouvelle exposition de la Lune en parachute qui a un style certain et une originalité interressante.

Anêsidora, par Nazanin Pouyandeh. Jusqu’au 25 juin à La Plomberie, rue Saint-Michel. Du mercredi au samedi de 13 h à 18 h et les dimanches de 14 h à 18 h. Entrée libre.

A.V.P.

Déroutante NAZANIN à la PlomberieDéroutante NAZANIN à la Plomberie
Déroutante NAZANIN à la Plomberie
Déroutante NAZANIN à la Plomberie
Déroutante NAZANIN à la Plomberie
Déroutante NAZANIN à la Plomberie

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