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Publié par AVP

La Confédération Paysanne: 30 ans et toujours combative

Entouré de Dominique Barad à droite et Thierry Jacquot à gauche, le porte parole national de la Confédération Paysanne Laurent Pinatel

Trublions du consensus agricole européen et syndical, se revendiquant d'être un syndicalisme de solution avec une représentation nationale de 20% des agriculteurs,  la Confédération Paysanne était en assemblée  à la Chambre d'Agriculture, avec dans l'optique des prochaines échéances législatives et présidentielles, Laurent Pinatel, porte-parole du secrétariat national et figure emblématique de la lutte contre la création de la ferme des Mille vaches dans la Somme. Une cinquantaine de  militants motivés avaient provisoirement abandonné leurs exploitations du Grand Est pour assister à la réunion, persuadés que les choix politiques et agricoles actuels ne vont pas dans le bon sens. Une diversité syndicale marginale mais régénérante qui mérite d'être mieux connue.

47 ans, tonique et militant, le porte parole de La Conf' ne manque pas de charisme et dans la perspective des élections des chambres agricoles en 2019, il entend bien  contrebalancer par ses prises de position, l’hégémonie de l'establishment incarné par la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs. "Notre slogan nous représente bien. Nous sommes un syndicat pour l'agriculture paysanne et la défense de ses travailleurs. La Conf' propose des solutions vers des modèles résilients, moins industrialisés, plus autonomes. Nous sommes les défenseurs de ces petits paysans que l'on annonçait en voie de disparition il y a 30 ans. Ils sont, et nous sommes encore là!  20% des agriculteurs ce n'est pas rien! Il n'y a pas de paysan de trop en France. Sans être passéistes ou affligeants, il faut avoir le courage de reconnaitre que la politique agricole décidée dans les années 60 est un échec et que l'agriculture est une activité économique non délocalisable. Notre démarche tends vers une agriculture à taille humaine, qui respecte l'homme, la terre, les animaux et rémunère le travail correctement pour nourrir les populations en qualité et en quantité. Nous sommes des lanceurs d'avenir, pour faire société ensemble. Placer les territoires au cœur des débats, c'est politique, c'est faire le pays".

 

La Confédération Paysanne: 30 ans et toujours combative

Une réunion syndicale attentive au message de son représentant national

Un porte parole qui paye de sa personne

Entré en 1995 dans le syndicalisme ( son père étant un élu de la FDSEA passé à la Conf' dans les années 80) à la reprise de l'exploitation familiale d'élevage avec sa sœur, Laurent Pinatel est élu au comité national en 2011, puis porte parole en 2013. Ce n'est pas un moustachu à la José Bové,  le leader emblématique du début des années 2000 qui démontait les fast-food. Mais on constate la  même aisance naturelle face aux médias et le sens de l'évènementiel par la théâtralisation d'actions coups de poing. Poursuivi pour sa participation aux évènements du 12 septembre 2013 contre la ferme des mille vaches à Drucat dans la Somme il reconnait humblement devant l'assemblée " qu'on n'a pas gagné. Mais l'opinion publique a été alertée. Elle va faire pression sur les distributeurs. Le syndicalisme c'est comme le rugby. On fait des points d'impact sans marquer, mais on avance. La ferme des 1000 vaches n'est pas rentable, sa centrale de méthanisation sur laquelle reposait toute l'économie du projet -et l'obtention de subventions- n'est pas encore construite. Et ils n'ont encore que 800 vaches dont tout le lait part directement en Belgique. C'est un exemple supplémentaire de dérive industrielle où l'agriculture est totalement intégrée à l'industrie agro-alimentaire mais sans valeur ajoutée.

 

 

La Confédération Paysanne: 30 ans et toujours combative

Thierry Jacquot de Bleurville, porte parole départemental des Vosges

Reconquérir la fierté d'être paysan

"Sachez qu'on a plus de pouvoir qu'on ne pense" précise le responsable syndical " et on a surtout le pouvoir de se mettre en route. De nombreux agriculteurs sont en recherche de sens à leur métier et leurs souffrances, alors qu'ils sont les victimes d'un système politique et économique imposé, de course aux volumes et à la taille critique. L'une des solutions consiste à repositionner les primes à la production de qualité et non à la quantité. Les 10 milliards de la PAC doivent aider à une production de qualité au profit de tous les consommateurs, pour la souveraineté alimentaire de tous les pays. Les blés récents nourrissent moins que les blés de variété anciennes, privilégiés par pratiquement tous les boulangers. La polyculture est nécessaire aux territoires, regardez le développement des ventes directes, des coopératives  et des boutiques de producteurs. Et en parallèle à l'agro-industrie les intolérances alimentaires augmentent. L'agriculture paysanne ou biologique a très peu d'externalité négative, alors que l'agriculture compétitive ou industrielle coute cher aux contribuables, en subventions et pollution du sol ou des aliments à moyen terme"." Nous sommes des lanceurs d'avenir, des faiseurs de pays" déclame avec enthousiasme le syndicaliste.

 

La Confédération Paysanne: 30 ans et toujours combative

La population ne veut pas d'agro-industrie

"Les citoyens sont en accord avec notre démarche" poursuit Laurent Pinatel. "Ils ne veulent pas manger de l'industriel, mais de la production locale à taille humaine". Le responsable syndical s'appuie sur un sondage IFOP publié par Politis en janvier, qui révèle une reconnaissance forte du rôle des petites fermes pour produire une alimentation de qualité, créer de l'emploi et préserver l'environnement : 91% du public interrogé considère que le maintien et le développement des petites fermes sont nécessaires pour l'avenir de notre agriculture et nos territoires. 89% sont favorables à la mise en place d'un soutien spécifique aux petites fermes en matière de fiscalité, de subventions et de normes réglementaires. Or "tout est fait dans la PAC et les aides d'état pour marginaliser les paysans et subventionner surtout les grosses exploitations agricoles ( deux tiers des exploitations en nombre). Les petites fermes ce sont 130 000 exploitations". Un participant rappelle que les dernières études de biologistes démontrent la rentabilité des petites exploitations "dés lors que l'on intègre dans le coût supporté par la collectivité l'impact carbone et la pollution des exploitations industrielles". "Nos exploitations de taille humaine ont une efficacité reconnue en termes de création de valeur ajoutée, d'innovation, de transmission, de dynamique des territoires, etc. Nos fermes s'inscrivent dans la recherche du bien commun, y compris sur le plan mondial et pas dans une logique du produire pour produire, qui n'a pas de sens".
 

 

La Confédération Paysanne: 30 ans et toujours combative

Romain Ballandier et Thierry Jacquot, paysans des Vosges ont présenté le nouveau fim de La Conf'

Des illustrations dans les Vosges

Pour Romain Balandier membre du comité national de la Confédération paysanne  et paysan vosgien " la Conf', c'est une mosaïque sans dogme précis qui permet des échanges riches et toniques, même si se faire entendre sur le plan politique ou syndical ce n'est pas évident. La Conf' propose des modèles résilients, une agriculture économe de ses ressources, autonome, proche de ses territoires et des hommes". Michel à Uzemain, a confié son élevage de soixante bêtes à son fils pour assister à la réunion. "Les subventions de la PAC couvrent 60 à 70 % des coûts d'exploitation des fermes en général. Or les vertueux qui privilégient l'herbe pour nourrir leurs animaux ne touchent que 30 euros de l'hectare, alors que les plus grosses exploitations qui exploitent en intensif touchent 200 à 300 euros l'hectare. Elles captent surtout le plus gros des subventions et tuent leurs voisines, en adhérant à un monde machine ou l'animal est une usine à viande et l'éleveur un simple exécutant au service de l'industrie". Pour Jacques, la Conf' c'est "la composante agricole d'un projet de société. On doit dépasser les intérêts particuliers pour s'inscrire dans la recherche du bien commun". Et pour reprendre les termes d'une agricultrice enthousiaste en conclusion:  " Paysanne c'est travailler avec le pays. C'est beau non?"

 

A.V.P.

 

 

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