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Publié par AVP

Les troubles bipolaires: une détection qui doit se faire au plus tôt

Jean-Pierre Kahn, responsable du service de psychiatrie et psychologie clinique du CHU de Nancy

L'UNAFAM, association de soutien aux familles des personnes atteintes de troubles psychiques ( c'est à dire un cinquième de la population) avait organisé vendredi dernier une conférence avec le Professeur Jean-Pierre Kahn. Cet enseignant à la Faculté de Médecine Henri Poincaré, spécialiste  de renommée internationale dans le domaine des neurosciences et de la cognition, dirige le service de psychiatrie et psychologie clinique du Centre Hospitalier Universitaire de Nancy. En présentant à la centaine de praticiens et invités de l'UNAFAM, les symptômes courants des différents troubles bipolaires qui touchent entre 1 et 3% de la population ( soit à minima 650 000 personnes dont deux fois plus de femmes que d'hommes), le Docteur Kahn assurait information et soutien à un projet de détection et de suivi à long terme de patients, "Psy-Coh" porté par la fondation de coopération scientifique du ministère de la recherche "Fondamental".

 

Les troubles bipolaires: une détection qui doit se faire au plus tôt

Pathologie fréquente ( avec un pronostic défavorable et une prise en charge complexe, qui coute entre 10 et 15 000 euros par an et patient), les troubles bipolaires sont considérés comme l'une des 10 maladies les plus invalidantes au plan mondial et la 6ème cause de handicap suivant l'Organisation Mondiale de la Santé. La détection est un enjeu de santé publique au sens de bien des spécialistes sur la base d'études statistiques américaines et suédoises, puisqu'un diagnostic précoce et la mise en place d'un traitement rapide pourraient induire une réduction du risque de suicide ( les risques statistiques des bi polaires sont doublés par rapport au reste de la population), du nombre d'hospitalisations et du développement de comorbidités ( maladies supplémentaires). " Une forte proportion de malades diagnostiqués bipolaires et suivis médicalement peuvent mener une vie inclusive" atteste le Professeur Kahn.

 

Les troubles bipolaires: une détection qui doit se faire au plus tôt

 

Des troubles affectifs de l'humeur

Il est manifeste que toute personne peut avoir des variations d'humeur naturelles sous l’influence de facteurs divers, et cela peut varier au cours d’une même journée, des saisons, des années. Quant aux personnes  touchées de troubles de l'humeur, elles peuvent soit être victime de dépressions nerveuses soit de troubles bipolaire ( anciennement dénommé psychose maniaco-dépressive). Dans ce dernier cas, des variations fortes de l’humeur, souvent cycliques, sont hors de proportion avec les événements. En phase maniaque, l'exaltation atteinte est telle que l’individu ne se rend plus compte que son humeur exubérante ( hyperactivité motrice, accélération du processus de pensée, insomnie sans fatigue, sur-estimation de ses capacités) ou que sa colère, dépassent les bornes. Cela se double avec des épisodes dépressifs ( problèmes de concentration, de sommeil, fatigue ou ralentissement moteur, souffrance psychologique) souvent prédominant en hiver et qui dans certains cas, paralysent le malade hanté par des idées suicidaires.

 

 

Les troubles bipolaires: une détection qui doit se faire au plus tôt

Une centaine de participants à la conférence sur la bipolarité espace Cours

Des symptômes comportementaux

 

Sans vouloir être exhaustif ou précis sur les causes, le spécialiste nancéien a précisé que la bipolarité est certainement liée à la génétique ( l'incidence est plus élevée dans certaines familles, pouvant atteindre 15% de leurs membres), mais cela peut avoir d'autres origines, dont la conséquence du stress sur le cerveau. D'autres chercheurs supposent que la phase de manie chez un patient bipolaire serait une réaction antidépressive développée par la personne dans son jeune âge. Ce qui est attesté c'est que les diagnostics de bipolarité sont posés en moyenne avant la 35ème année, et parfois avec 3 diagnostics erronés préalables, ce qui est le signe d'une méconnaissance de la maladie. Mais c'est le plus souvent à l'adolescence et vers 18 ans que l'on peut en détecter les premières manifestations. Certains spécialistes considèrent que des troubles tels que l'hyperactivité, l'anorexie, la boulimie, certaines phobies, les dépendances à la drogue, aux médicaments ou à l'alcool  sont des manifestations précoces de la bipolarité. Cela passe souvent inaperçu  et faute d'un diagnostic éclairé ou opportun, les familles qui interviennent tardivement doivent souvent faire face aux conséquences médico-légales ( perte du permis, sur endettement, condamnations pénales ) et solliciter des mesures de sauvegarde de justice."Médicalement on peut neutraliser, réduire l'expression de cette maladie, même si seulement 24% des patients atteints ont une rémission fonctionnelle. Sur la base d'enquêtes américaines on sait que bien accompagnés, 48% des patients peuvent parvenir à contrôler leur maladie, n'étant plus sujets qu'à quelques syndromes résiduels. Mais ils ne vont bien que parce qu'ils prennent leurs médicaments, s'ils cessent leur traitement individualisé, souvent à base de lithium -un élément naturel indispensable comme le magnésium et le calcium-  ils s'exposent inévitablement à une rechute. L'objectif à atteindre pour le corps médical c'est qu'un jeune détecté précocement bi polaire, ne rate pas sa vie".

 

 

Les troubles bipolaires: une détection qui doit se faire au plus tôt

Bernard Schreiber, Président délégué d'UNAFAM

Le programme expert des troubles bi polaires

"Le programme "PSY-Cohorte BP" appliqué  dans l'un des 9 centres experts, a pour objectif une prise en charge globale des patients. Nous mettons à disposition une plateforme de diagnostic, en lien avec la plateforme de recherche clinique de suivi Cohorte. Outre la psycho éducation des personnels médicaux à la détection de cas de bi polaires, nous assurons l'accompagnement des patients par une prise en compte des symptômes, du traitement, de l'environnement du malade. Nous avons environ 500 personnes en suivi BP dans nos centres actuellement, 2000 sont souhaités. Par la mise en place d'approches dimensionnelles et transversales auprès de jeunes patients et sur 10 ans , nous allons rechercher ce qu'il y a de commun entre les différentes formes de bipolarité, ce qui les sépare, les facteurs de vulnérabilité du patient ( maladies associées comme des déficits immunologiques ou des problèmes cardio-vasculaires) . En psychiatrie on travaille sur les interactions, donc avec notre prise en charge globale, nous effectuons une approche comparative et intégrative, systémique, fondamentalement source de progrès. Ainsi chaque médecin qui participe pour son patient à nos réunions de concertation pluriprofessionnelles  peut donner sa version et échanger sur sa vision avec ses collègues suivant qu'il est endocrinologue, cardiologue, psychologue ou qu'il traite le diabète".  C'est avec une certaine forme d'impatience que rendez vous est donné aux responsables des centre experts dans une dizaine d'années pour avoir enfin communication des résultats de leur démarche.

 

A.V.P.

 

 

 

 

 

Les troubles bipolaires: une détection qui doit se faire au plus tôtLes troubles bipolaires: une détection qui doit se faire au plus tôtLes troubles bipolaires: une détection qui doit se faire au plus tôt

Carte des centres experts et de la sensibilisation effectuée par la Fondation Fondamental. Les conclusions à venir laissent déjà prévoir des progrès pour tous.

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