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Publié par Rédaction

Thiery Receveur et Stephan Président de la Ligue des Droits de l'Homme

Thiery Receveur et Stephan Président de la Ligue des Droits de l'Homme

La Ligue des Droits de l'Homme des Vosges, association citoyenne généraliste qui lutte contre toute forme de discrimination ou d'injustice, avait invité Thierry Receveur à l'amphithéâtre de Droit d'Epinal vendredi  dernier afin de présenter ses réflexions de professeur de philosophie en classe préparatoire sur le radicalisme, nourries par son expérience d'enseignant en milieu carcéral et intervenant dans la formation du personnel de l'administration pénitentiaire. L'ancien professeur de philosophie du Lycée Claude Gellée, actuellement affecté à Strasbourg, a effectué une démonstration simple et pratique, humaniste et prudente, rationnelle et philosophique de la problématique qui se pose à notre société devant une soixantaine de personnes.

 

Véritable seul-en-scène consensualiste, la présentation de Thierry Receveur sur la radicalisation a trouvé toute sa légitimité par ses références régulières aux concepts philosophico-historiques et sociologiques. La redécouverte et l'utilisation de l'œuvre de Racine "Polyeucte martyr" pour découvrir l'essence du fanatisme qui mène jusqu'à  la radicalisation, ou "Des Justes" de Camus pour le débat de l'usage de la violence illustraient avec authenticité le débat.  D'autres aspects étaient abordés avec Socrate et Platon sur la démocratie et les enjeux du vivre ensemble républicain. Mais aussi le malaise actuel de la société avec le travail d'un sociologue comme Alain Ehrenberg qui a traité le problème du culte de soi et de l'individualisme exacerbé ou de l'allemand Hartmut Rosa qui dans son livre passablement complexe "Accélération" annonce une apocalypse par l'accélération exponentielle du temps qui ne permets plus de bien vivre son époque.

Le radicalisme  n'est exclusif d'aucune religion ou idéologie

"On peut passer de la radicalisation au terrorisme c'est un processus qui n'est pas inévitable. J'ai évolué sur la question on peut s'amender et revenir parmi nous". Convaincu que ce qui caractérise le radicalisme n'est pas exclusivement l'adhésion à une religion ou à une idéologie ( voir l'exemple du terroriste norvégien Breivik de 2011 ou de certains écologistes radicaux ) Thiery Receveur a rappelé la définition du radicalisme proposée par le sociologue Farhad Khosrokhavar, directeur de recherche et sociologue franco-iranien à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. "C'est un processus par lequel un individu adopte une forme violente d'action qui conteste l'ordre établi". "Connaitre cette définition c'est fondamental pour distinguer cette notion, du fanatisme ou d'un autre extrémisme. Pour un radicaliste, la société actuelle est insupportable et il faut la combattre sans délai. Même s'il se coupe de la société, il est conscient qu'il va nuire à autrui, et il n'use plus de son entendement ". "Alors que le fanatique ne passe pas nécessairement à l'action. II n'est pas en mésestime de soi, au contraire. Il est tourné vers les autres pour tenter de les convaincre, le plus souvent sans usage de la force physique". Le philosophe donnant indirectement les clefs de sa lecture pour distinguer les deux catégories:  une proportion de paranoïa différente avec une absence de doute et d'entendement caractéristique, qui amène par exemple à l'adhésion aux théories du complot."Quelqu'un qui est contre les évidences existentielles, qui est contre la vie et l'existence, c'est très dur à faire évoluer" témoigne l'enseignant et penseur.

Des raisons autres que la religion

Pour le philosophe, le radicalisme n'a pas que des origines religieuses ou idéologiques, mais aussi des causes politiques et sociétales. "Il faut savoir faire la distinction entre démocratie et libéralisme, ce qui est essentiel. Dans la démocratie on n'exclue personne, on a un projet commun de vie ensemble et tout le monde vote. Cela s'est délité. On a trop longtemps pensé que cela coulait de source, alors qu'il faut défendre les valeurs de la démocratie et de la laïcité tout le temps, tout particulièrement contre le communautarisme. Le libéralisme c'est la compétition, l'individualisme, une lutte qui marginalise. C'est différent de l'émulation qui a une dimension sociale évidente ( on reconnait la supériorité de l'autre mais on souhaite échanger pour savoir pourquoi et tenter d'y arriver, d'apprendre). Comme l'ascenseur social de la république est en panne, que les inégalités persistantes sont criantes, la démocracie n'a pas les arguments pour convaincre de l'exemplarité de la république ou de sa fraternité et des ses idéaux de moralité publique qui vont se combiner avec ceux de la religion  ou de la culture . Sur le plan psychologique, en plus des complexes œdipiens traditionnels,  la tendance individualiste profonde génère un complexe narcissique. On s'apprécie soi-même mais on ne se sent pas reconnu à la hauteur de ses capacités, en contradiction avec les attentes du pouvoir ou du chef,  ce qui donne toutes les conditions du chaos individuel".

Youssef éducateur en collège

Youssef éducateur en collège

Comment détecter et lutter contre le radicalisme

A une question émanant du public sur la difficulté de convaincre en prison d'éventuels radicalisés, l'enseignant évoque l'un des moyens des psychologues pour convaincre et stopper le processus.  "Il faut parvenir à faire revenir dans un état mental d'avant sa radicalisation l'extrémiste, pour qu'il retrouve une estime de soi et sa place dans la société". "Mais faute d'une société sans aucune exclusion, avec une véritable morale laïque, un vrai vivre ensemble sera difficile". Educateur en collège, Youssef a fait part des différents types de communication à avoir avec les jeunes de la culture Charlie Hebdo. Sur le plan émotionnel, les outils réactifs et numériques qui sont à leur disposition les amènent a être informés en temps réel,  à critiquer la politique spectacle, à accéder à des contenus non vérifiés. " La radicalisation peut être rapide, si on manque d'attention et qu'on ne va pas chercher les exclus, leur donner des conditions de vie digne pour une intégration permanente, les décrocheurs ce sont tous nos voisins". "Il faut effectivement se rééduquer à des choses très simples" convient Thiery Receveur "alors que l'on sait que dire et faire c'est très différent. La laïcité au quotidien c'est à  la fois simple et difficile".

 

A.V.P.

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