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Publié par MZ

Les "faits alternatifs" ou le retour des idéologies

Dernière création choquante des communicants américains: " les faits alternatifs" ou assertion rhétorique permettant de nier en toute bonne foi, ou presque -en tout cas avec véhémence-  les évidences. Un mensonge manifeste et public que les journalistes en général bien éduqués, car baignant comme en France depuis leur plus jeune âge dans la culture de la déférence, ne se permettent pas de relever. Tout du moins en public. Ou rarement . Faute d'esprit d'à propos, de sens critique, ou de temps et de recul, allez savoir. Une évidence: on peut mentir, à condition d'avoir face à soi des gens moins bien formés ou informés, pour ne pas dire "plus bêtes que soi". A défaut on s'expose à un retour de bâton médiatique. A moins que cela n'ait été l'effet recherché. Une technique pour faire parler de soi et créer l'événement?

 Le "fait alternatif" est donc un mal inévitable de nos démocraties que l'on peut appeler un mensonge "tolérable" car bien que toxique ( altérant la réalité), il est non agressif et se pratique dans le cadre de débats verbaux ou audiovisuels d'apparence policés. Il a le grand avantage d'être cohérent avec l'opinion de ses électeurs, ceux qui croient en vous, envers et contre tout et tous. Ces derniers éloignent d'une pichenette et en plaisantant ces détails sensibles de la pollution du débat d'idée, mais ils devraient prendre garde. Les "faits alternatifs" trouvent leur origine dans des pratiques arrogantes, sinon totalitaires, d'équipes au pouvoir. Ce sont des pratiques à courte vue qui sont relayées par des commensaux et des médias d'accompagnement préoccupés de gérer l'instant plus que l'analyse approfondie ou des remises en cause philosophiques. Si ce "relativisme" orienté se retrouve souvent dans les partis populistes ou radicaux, qui ont beau jeu de développer leurs théories complotistes, c'est que la complaisance médiatique -quand ce n'est pas de la connivence- l'entre-soi des élites hors sol, se retrouve à tous les niveaux et pour tous les partis. Un défaut des plus humains qui participe amplement à la disqualification des dirigeants aux yeux des citoyens.

Dire ou ne pas dire? Mieux vaut embellir...

Alternative au politiquement correct, un "fait enjolivé" est souvent un sous produit de l'idéologie ou d'une conviction digne de la foi. Croire en ses convictions est légitime, mais que l'on me concède que la démocratie nécessite un tant soi peu de tempérance, sinon d'honnêteté intellectuelle, à défaut de quoi il n'y a plus de véritable échange et donc d'évolution collective. Vouloir plier la réalité pour la mettre en accord avec sa détermination n'autorise tout de même pas des dérives audiovisuelles dignes d'une démocrature. Effet d'un ressentiment manifeste, la polémique sur la cérémonie d'investiture trumpesque, hypocritement enjolivée, est devenue une malhonnêteté manifeste par acharnement des chargés de communication, un peu trop sûrs d'eux et désinhibés par la maitrise toute neuve d'un pupitre "WH" trop grand pour leurs talents.

Les "faits alternatifs" ou le retour des idéologies

Une pratique transpartisane

Pour le cynisme ou l'hypocrisie nous ne sommes pas mieux lotis en France. On l'a vu avec les non-discours sur la dette nationale. Fillon, un peu trop transparent sous Sarko avait été invité à ne pas dire que la France était en faillite, à la fois pour maintenir la confiance des consommateurs et des investisseurs, mais surtout des banquiers. Ces derniers devant acheter impérativement de la dette française... Dont une bonne part a été revendue maintenant à la Banque Européenne, vraisemblablement  avec profit. Poursuivons dans la catégorie des grossièretés du même genre, jouer à faire prendre des vessies pour des lanternes. François Hollande et le chômage durant ses trois premières années à la présidence. Sur ce sujet, les caisses de résonnance médiatiques décérébrées et les complices économiques du pouvoir ne pouvaient dire le contraire de ce qu'affirmait le locataire de l'Elysée. Ils s'en sont bien gardé. Les chiffres ont même été retraités plusieurs fois pour que le frémissement soit perceptible et "la tendance bonne".  Jusqu'à ce que le Président se fasse oublier, laissant à d'autres, le soin de commenter l'absence criante de chiffres positifs. Sur un autre thème, la hausse de la fiscalité, on a assisté à un numéro de comique troupier gouvernemental de haute volée avec Sapin. Plusieurs fois, il s'est auto-félicité de ses réussites. "C'est un succès! On a moins augmenté que ce qui était annoncé en début d'année!". Satisfecit en raccourci, et merci la baisse des taux d'intérêts.

Bientôt Big Brother

Et s'il était plus simple de dire simplement: cela ne marche pas ou on ne sait pas mais on va se renseigner? Les français matures et dotés d'un tant soit peu de sens critique, peuvent comprendre qu'un être humain n'est ni providentiel ni omniscient mais qu'il travaille en équipe. La dictature de l'instant des médias doit être renvoyée au passé, car elle a généré aujourd'hui plus de monstres ( faits alternatifs, post-vérité) que d'effets positifs. Si l'opinion tolère l'invocation de faits subjectifs, la propagande, c'est à dire la manipulation de l'information  détachée de toute force probante, sous prétexte de croyance et de ressentiment, il ne manquera plus que les "2 minutes de haine journalières" et l'intuition géniale d'Orwell dans "1984" sera totalement réalisée.

Avec un peu de retard sur son calendrier.

Mais quand même, il était fort, le George.

Mathieu Zhallem

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